Graphiques

Memo Bank est la nouvelle banque indépendante pour les PME. Vous lisez notre rubrique Graphiques, où nous faisons parler les données bancaires en les visualisant à l’aide de graphiques.

Écrit par Brice Boulesteix

Publié le

Ce que l’épidémie de Covid change dans le crédit aux entreprises

Dans le « monde d’avant », quand vous alliez voir votre banquier pour lui demander un financement, ce dernier analysait vos bilans avant de prendre sa décision. Mais ça, c’était avant. Depuis le 17 mars 2020, date de l’instauration du premier confinement en France, les règles du jeu ont un peu changé en matière de financement d’entreprises.

Qu’est-ce qui a changé au juste ? Plusieurs choses : les entreprises ont revu leurs priorités dans l’urgence, les banques traditionnelles ont rapidement ajusté leur politique de crédit, et la Banque de France a modifié sa campagne de cotation des entreprises. Voyons tous ces changements dans le détail, graphiques à l’appui.

La Banque de France a dû adapter ses cotations

De la même manière que les grands restaurants sont cotés par le guide Michelin, les entreprises qui font plus de 750 000 € de chiffre d’affaires par an se voient attribuer une cotation par la Banque de France. La cotation attribuée par la Banque de France à une entreprise sert d’indicateur pour le suivi du financement des entreprises et pour l’évaluation des risques de crédit pris par les banques. Elle aide les banques à déterminer si l’entreprise qui a fait l’objet d’une cotation sera capable de tenir ses engagements financiers d’ici un à trois ans. En retour, la cotation Banque de France renseigne les entreprises sur leur capacité de financement, leur capacité à obtenir des crédits auprès d’une banque. Plus la cotation attribuée à une entreprise est bonne, favorable, rassurante, et plus cette dernière peut se financer facilement, c’est-à-dire à moindre coût et en fournissant moins de garanties.

En temps normal, la Banque de France attribue en moyenne 250 000 cotations par an. Pour ce faire, les experts de la Banque de France analysent environ 250 000 bilans chaque année, des bilans qui leur sont transmis par les entreprises elles-mêmes — la plupart des cotations étant attribuées sur la base de documents comptables complets. En plus d’analyser les bilans des entreprises, il est aussi courant que les experts de la Banque de France rencontrent les dirigeants des entreprises faisant l’objet d’une cotation, pour bien comprendre leur stratégie de développement. Une fois attribuées, les cotations Banque de France se composent de deux éléments : une cote d’activité d’une part, qui correspond en gros au chiffre d’affaires de l’entreprise ; et une cote de crédit d’autre part, qui renseigne sur la capacité de l’entreprise à rembourser ses dettes.

Moins de bilans analysés en 2020

Au 31 décembre 2019, la Banque de France disposait de 271  215 cotations valides — un record. Mais un an plus tard, au 31 décembre 2020, après deux confinements et plusieurs mois de pandémie, la Banque de France n’avait plus que 237  797 cotations dans sa base de données FIBEN (FIchier Bancaire des ENtreprises). En d’autres termes, la Banque de France a reçu 12 % de bilans en moins en 2020, par rapport à 2019, elle a donc attribué moins de cotations en 2020 qu’elle ne l’avait fait en 2019 — les cotations étant d’ordinaire attribuées pour une durée de 15 mois. En cause : l’arrêt des activités de certaines entreprises et l’allongement de la campagne de cotation de la Banque de France en 2020, campagne suspendue pendant le premier confinement, à titre conservatoire.

Un cru 2020 légèrement en retrait

Contre vents et marées, la Banque de France a tout de même attribué 237  797 cotations en 2020. Question : que vaut le cru 2020 ? Réponse : dans un contexte économique et sanitaire délicat, la Banque de France n’a pas tant dégradé les cotations des entreprises que ça. Sans pouvoir prétendre au rang de millésime, le cru 2020 des cotations tient son rang, même s’il se situe un peu en retrait par rapport aux crus précédents. En analysant plus spécifiquement les cotes de crédit attribuées aux entreprises, c’est-à-dire les notes allant de 3++ (excellente capacité de remboursement) à 9 (capacité de remboursement très compromise), on remarque que la cote de crédit de nombreuses entreprises s’est légèrement dégradée, se décalant des bonnes cotes (3) vers les cotes moins favorables (5).

En y regardant de plus près, on voit que la part des très bonnes cotes (3++/3+/3) a diminué pendant qu’augmentait la part des cotes faibles (5+/5). Ce déplacement traduit la fragilité accrue des entreprises. Notons tout de même que les cotes d’alerte (6/7/8/9) ont légèrement baissé en 2020, par rapport aux trois années précédentes.

À l’avenir, la Banque de France a d’ores et déjà annoncé qu’elle allait prendre en compte les éventuels effets des prêts garantis par l’État (PGE) lors de sa campagne de cotation 2021. Autre nouveauté : le niveau de liquidité des entreprises entrera aussi en considération au moment d’attribuer une cotation à une entreprise, au même titre que sa capacité de rebond. Les délais de paiement des entreprises, c’est-à-dire leur capacité à payer leurs fournisseurs à temps, pourraient aussi entrer en ligne de compte dans le calcul de la cotation. Si la Banque de France prévoit d’adapter les critères qui entrent dans la composition de sa cotation, c’est pour refléter le plus fidèlement possible la réalité des entreprises.

Les entreprises ont dû s’endetter en 2020

En 2020, entre le mois de février et le mois de juin, les encours des crédits bancaires accordés aux entreprises ont augmenté de 101 milliards d’euros. Concrètement, cela signifie que le volume total de crédits accordés aux entreprises par les banques a augmenté de 101 milliards en l’espace de 4 mois. Cette hausse s’inscrit dans une tendance longue qui était déjà haussière. Les encours de crédits aux entreprises avaient déjà augmenté de 108 milliards entre avril 2019 et février 2020, en l’espace de 10 mois.

L’épidémie et les mesures gouvernementales qui ont suivi n’ont donc fait qu’accélérer la hausse des encours de crédits. Et pour cause : contraintes de fermer, la plupart des entreprises avaient alors besoin d’argent frais pour soutenir leur trésorerie. Elles ont donc massivement eu recours à des nouveaux crédits, sous la forme de prêts garanti par l’État, un crédit de trésorerie exceptionnel dont plus de 277 000 entreprises ont bénéficié durant les 30 jours qui ont suivi sa mise en place, à la fin du mois de mars 2020.
À y regarder de plus près, on remarque que la forte hausse du premier semestre 2020 est surtout à mettre au crédit… des crédits de trésorerie. Les crédits de trésorerie ont bondi pendant que les crédits d’investissement stagnaient de leur côté. Ce chassé-croisé entre crédits de trésorerie (financements à court terme) et crédits d’investissement (financement à long terme) ressort encore plus nettement dans les enquêtes menées par la Banque de France auprès des chefs d’entreprise. Tous les 3 mois depuis 2012, la Banque de France interroge les chefs d’entreprise pour savoir s’ils ont demandé un crédit de trésorerie ou un crédit d’investissement à leur banque au cours du trimestre écoulé. En comptabilisant le nombre de dirigeants qui répondent « Oui » à la question : « Avez-vous demandé un crédit de trésorerie au cours des trois derniers mois ? », la Banque de France a ainsi pu constater un pic d’endettement des entreprises au deuxième trimestre 2020 (trimestre du premier confinement). Ce pic correspond à la mise en place du PGE, à partir du 23 mars 2020.
Parmi les entreprises qui ont demandé des crédits de trésorerie en 2020, ce sont les PME qui ont le plus sollicité leur banquier, bien plus que les entreprises de taille intermédiaire (ETI) et les grandes entreprises (GE). Si les PME ont obtenu des crédits de trésorerie après les ETI (entre 250 et 4 999 salariés) et les GE (à partir de 5 000 salariés), pour des raisons de « crédits mobilisables » expliquées par la Banque de France, les PME ont obtenu plus de crédits (en volume) que les ETI et les GE. Bien qu’elles aient été servies plus tard, les PME ont donc été les plus copieusement servies.

Pourquoi les PME ont-elles demandé plus de crédits que les autres types d’entreprises ? Parce qu’elles ont fait massivement appel au PGE, contrairement aux ETI et aux GE. Si les PME ne représentent que 5 % des entreprises ayant bénéficié d’un prêt garanti par l’État, elles représentent 35 % des montants accordés aux entreprises par le biais du PGE. Au total, 32 000 PME ont capté plus de 45 milliards de PGE, ce qui situe l’encours moyen des PME à 1,4 millions d’euros, pour le PGE. Pourquoi les PME ont-elles massivement fait appel au PGE ? Parce que les épisodes de confinement ont asséché leur trésorerie, comme le montrent les enquêtes réalisées par la Banque de France.

Ces enquêtes, qui reposent sur ce qu’on appelle un solde d’opinion, consistent à poser une question à des chefs d’entreprise en fin de mois (par exemple « Comment va votre trésorerie ? »), pour ensuite faire la différence entre le nombre de réponses positives (« elle va bien ») et le nombre de réponses négatives (« elle va mal »). Si 45 % des dirigeants répondent que leur trésorerie va bien à la fin du mois de mars, pendant que 55 % répondent qu’elle va mal, le solde d’opinion sur ce point pour le mois de mars sera de -5 %, ce qui est mauvais signe, car cela signifie que la majorité des entreprises ont eu du mal à finir le mois.

Paradoxalement, alors que le niveau d’activité des entreprises a fortement baissé en 2020, le nombre de défaillances d’entreprises a lui aussi baissé, y compris chez les PME. Pour rappel : une entreprise est considérée comme défaillante à partir du moment où elle ne peut plus payer ses dettes (passif) avec les ressources dont elle dispose (actif). Alimentées en argent frais par l’intermédiaire du PGE, les PME ont tenu le choc en 2020, même si leur chiffre d’affaires a sévèrement reculé.

Les banques ont dû baisser leurs taux d’intérêt en 2020

Et les banques dans tout ça ? Les banques ont tenu leur rang. Elles ont contribué à la mise en place du prêt garanti par l’État, en partenariat avec la banque publique d’investissement (Bpifrance). Elles se sont même engagées à proposer le PGE « à prix coûtant-annoncent-le-lancement-des-mercredi-des-prets-garantis-par-l'etat>) », c’est-à-dire sans prendre de marge commerciale au passage. C’est sans doute la raison pour laquelle la baisse des taux d’intérêts auxquels les PME ont pu emprunter coïncide avec la mise en place du prêt garanti par l’État. Au second semestre 2020, les taux des nouveaux prêts accordés aux PME (hors découvert) sont ainsi passés sous la barre des 1 %, l’espace de quelques semaines.

Si les banquiers prennent d’ordinaire le temps de calculer des ratios quand ils examinent le dossier de financement d’une PME, les mesures de soutien aux entreprises adoptées par le gouvernement ont conduit la Banque de France, les entreprises, et les banques à s’adapter en urgence. La bonne nouvelle, c’est que les PME ont pour la plupart tenu le choc, bien aidées par le prêt garanti par l’État. La moins bonne nouvelle, c’est que leur endettement a fortement augmenté et que leur cotation Banque de France s’est un peu dégradée au passage.

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