3615 Memo

Memo Bank est la nouvelle banque indépendante pour les PME. Vous lisez notre rubrique 3615 Memo, dans laquelle nos banquiers répondent à vos questions.

Écrit par Rodolphe Rat

Publié le

Comment les banques analysent votre capacité de remboursement

Il arrive que l’on qualifie une œuvre de peinture « en trompe-l’œil ». De quoi s’agit-il ? Un tableau « en trompe l’œil » offre au regard l’illusion d’une perspective. De la surface plane de la toile (deux dimensions) semble surgir une scène en relief (trois dimensions), ce qui donne au spectateur l’impression de pouvoir « rentrer » dans le tableau pour en explorer toute la profondeur. Certains trompe-l’œil vont même jusqu’à donner l’impression d’être à géométrie variable. Lorsque vous observez ces œuvres sous différents angles, depuis différents points de vue, la perspective de l’œuvre change, comme si le tableau s’adaptait à votre regard, ce qui peut vous amener à modifier votre compréhension du tableau tout entier.

Si le rapport entre la peinture et la banque ne saute pas aux yeux, il y a pourtant un lien entre la comptabilité et la notion de trompe l’œil en art. Il ne s’agit pas de dire que la comptabilité est une pratique trompeuse, non, pas du tout. La transcription chiffrée d’une activité économique n’a pas pour objectif de déformer la réalité, ou de la faire passer pour ce qu’elle n’est pas, mais bien au contraire d’établir des comptes qui renseignent le plus fidèlement possible sur la situation d’une entreprise. Pour autant, et quoique le comptable, à la différence du peintre, n’ait à aucun moment l’intention de créer une illusion, la bonne compréhension d’un bilan ou d’un compte de résultat passe par une interprétation des chiffres, interprétation qui peut donner lieu à des illusions d’optique, exactement comme en peinture.

Par exemple, si vous allez voir votre banquier pour lui demander un financement, ce dernier va analyser vos comptes en effectuant au préalable un travail de retraitement. Avant de vous accorder un crédit, votre banquier se doit, en effet, de déterminer votre capacité de remboursement. Autrement dit, il doit jauger, estimer, évaluer la capacité de votre entreprise à extérioriser des excédents de trésorerie qui vous permettront d’honorer vos engagements passés et futurs (les prêts que vous avez contractés lors de précédents exercices et qui sont en cours de remboursement comme ceux que vous êtes sur le point de solliciter).

Pour prendre sa décision, pour déterminer s’il peut ou non vous financer, votre banquier pourrait s’en tenir au seul examen de votre résultat comptable, c’est-à-dire la différence entre vos charges et vos produits ou entre ce que vous consommez et ce que vous vendez. Mais il y a fort à parier que votre banquier ne s’arrête pas à votre résultat comptable, car ce dernier peut agir en trompe-l’œil. Avant de prendre sa décision, votre banquier va donc sans doute jeter un œil au volume de vos flux financiers.

Capacité de remboursement d’une entreprise : un ratio qui retient toute l’attention du banquier lors de la décision d’un octroi de crédit

Si vous envisagez de prêter un objet ou une somme d’argent à quelqu’un, vous allez sans doute vous demander si votre emprunteur sera en mesure de vous restituer ce que vous pourriez lui confier. Votre banquier fait précisément la même chose : il cherche à déterminer si vous pourrez ou non rembourser le prêt que vous lui demandez. Celui-ci ne vous accordera un crédit qu’après avoir été rassuré sur votre capacité à payer toutes les échéances de remboursement de votre prêt. Et pour s’assurer de cette issue favorable, votre banquier ne se contentera pas de vous réclamer votre liasse fiscale, il vous demandera également de lui fournir vos annexes comptables (le détail de vos comptes de bilan et de résultat).

Vos annexes comptables vont renseigner votre banquier sur :

  1. La situation patrimoniale de votre entreprise, avec à l’actif ce qu’elle possède et au passif ce qu’elle doit ;
  2. Votre activité commerciale (constituée de produits et de charges), qui va permettre à votre banquier de déterminer votre capacité de remboursement.

L’analyse de vos comptes doit lui permettre de lever deux interrogations :

  1. Votre entreprise peut-elle s’endetter davantage ou est-elle d’ores et déjà trop endettée pour être en mesure de faire face à une nouvelle dette ? Nous verrons ci-dessous que cette vérification nécessite de calculer votre endettement net pour le comparer au niveau de vos fonds propres.
  2. Votre entreprise est-elle capable de dégager à intervalles réguliers (lors de chaque exercice social) suffisamment de trésorerie pour rembourser vos emprunts passés et la dette future pour laquelle vous sollicitez votre banquier ?

Il pourrait être commode de considérer qu’un résultat net largement positif suffit à démontrer que vous avez une réelle capacité de remboursement. Mais le résultat net de votre entreprise est avant tout une donnée fiscale et cette donnée ne permet pas de mesurer précisément la richesse créée par votre activité. Autrement dit, votre résultat net ne constitue pas un critère suffisant d’appréciation de votre rentabilité économique — et votre banquier le sait. Quoiqu’il s’agisse d’un revenu définitivement acquis à votre entreprise, votre résultat net ne reflète pas nécessairement le flux net de trésorerie que vous dégagez au cours d’un exercice. Et pour passer de l’un à l’autre de ces soldes de gestion, pour passer du résultat net au flux de trésorerie net, votre banquier va devoir s’adonner à plusieurs retraitements dans vos documents comptables.

Prenons pour exemple une entreprise de négoce de prêt à porter : début 2020, elle procède à des achats massifs pour constituer ses stocks de produits de la collection printemps/été. Vous connaissez déjà la suite. De longs mois de confinement ne permettent pas à cette entreprise de vendre tous ses produits. En fin d’exercice ses stocks invendus lui donnent l’occasion d’enregistrer une variation de stock négative, qui vient donc s’inscrire en déduction de ses charges d’exploitation. Cette passation d’écriture (on parle d’écriture d’inventaire) ainsi que le chiffre d’affaires réalisé en dehors des périodes de confinement lui permettent de faire ressortir un résultat net à l’équilibre ou même légèrement positif. Pour autant cette entreprise termine son exercice avec un flux net de trésorerie négatif puisqu’elle a entièrement payé ses fournisseurs. Gageons cependant que grâce au PGE et au soutien de ses banques elle parviendra à surmonter ses difficultés de trésorerie.

Le retraitement du compte de résultat : un exercice indispensable pour appréhender les flux financiers d’une entreprise

Le résultat net correspond au revenu qui vous reste en poche une fois que vous avez payé l’impôt sur les sociétés. Ce bénéfice, même s’il permet en première approche d’estimer votre rentabilité, ne peut en aucun cas être totalement assimilé à la capacité de votre entreprise à générer de la trésorerie. L’analyse du résultat net peut compléter celle de la trésorerie nette, mais elle ne peut pas s’y substituer. Elle ne peut suffire à valider tous les critères (de solvabilité et de rentabilité) qu’un banquier digne de ce nom voudra mesurer avant de décider de vous octroyer un crédit.

Oui, certes, il existe bien une corrélation entre l’évolution du résultat et celui de la trésorerie nette. Les deux indicateurs sont liés. Toutefois ces deux soldes diffèrent. Le premier (le résultat net) est le produit d’écritures liées ou non à des flux financiers qui vont servir à établir un résultat comptable puis fiscal. Le second (la trésorerie nette) ne peut être que la somme de transactions financières, soit le résultat net corrigé du montant de produits et de charges n’ayant pas entraîné des encaissements ou des décaissements. Plus que le montant du résultat net de votre entreprise, ce qui intéressera votre banquier, ce sera la manière dont celui-ci s’est formé.

Aussi votre banquier s’attachera-t-il à distinguer dans votre compte de résultat les écritures (produits ou charges) purement comptables de celles liées à des entrées ou à des sorties de trésorerie. De la même manière que la perception d’un tableau se modifie selon l’angle sous lequel on l’observe, la réalité économique que traduit un compte de résultat diffère selon que l’on en fait une lecture purement comptable ou une lecture basée sur l’analyse des flux financiers. Les retraitements que votre banquier va opérer consistent principalement à écarter les produits qui ne sont pas liés à des encaissements avant de réintégrer les charges qui n’ont pas donné lieu à des décaissements.

Les produits qui ne génèrent pas de flux de trésorerie

Certains produits, même s’ils viennent enrichir le patrimoine de votre entreprise, n’ont pas pour contrepartie un flux financier.

  • La production stockée se retrouve principalement dans la comptabilité d’une entreprise industrielle. Elle correspond à des encours de production, c’est-à-dire à des produits dont la fabrication n’a pas été achevée à l’issue d’un exercice social. Ce compte est « soustractif » et peut s’ajouter ou se retrancher à d’autres produits.
  • La production immobilisée recouvre le plus souvent des travaux de recherche et développement. Elle peut également concerner toutes sortes de tâches réalisées par l’entreprise pour elle-même (travaux de reconstruction d’une machine ou d’aménagement de locaux).
  • Les reprises sur amortissements et provisions sont des mouvements purement comptables. Elles peuvent être assimilées à des écritures de régularisations, mais ne correspondent pas à des entrées de trésorerie.

Les charges qui ne constituent pas des décaissements

Certaines charges n’occasionnent aucune sortie de trésorerie et les sommes qui y sont associées viennent donc augmenter le montant de la capacité d’autofinancement.

  • Les variations de stock de marchandises et de matières premières sont également des comptes soustractifs. Ces comptes peuvent augmenter ou diminuer le montant des charges. Les variations de stock corrigent en quelque sorte le montant des achats effectués au cours d’un exercice (et qui ont bien donné lieu à des décaissements eux) de la valeur des biens acquis non consommés (au cours de ce même exercice).
  • Les dotations aux amortissements et aux provisions visent chaque année à constater la dépréciation d’un bien ou à minorer le résultat (passation d’une provision) en vue d’un possible décaissement futur lié à un risque (impayé, litige commercial).

Certains flux financiers nécessitent une analyse plus approfondie pour savoir s’ils doivent ou non être intégrés à la CAF

Après avoir identifié les flux financiers qui composent votre compte de résultat, votre banquier va devoir apprécier la récurrence de ceux-ci, leur régularité dans le temps. Pourquoi donc ? Encore une fois, pour éviter les effets trompe-l’œil. Face à chacun de vos flux financiers, votre banquier va se demander si le flux qu’il a sous les yeux présente un caractère récurrent ou s’il présente un caractère exceptionnel (ce qui le situe alors en dehors de votre cycle d’exploitation normal).

Pourquoi distinguer le récurrent du ponctuel ? Parce que certaines entreprises ont par exemple pour habitude de céder régulièrement des éléments d’actifs et d’enregistrer des plus-values de cession. Cette stratégie, qui consiste à miser sur la valorisation des actifs et pas seulement sur leur exploitation, est notamment celle des loueurs de matériels ou de véhicules. Ces opérations (ventes) qui se répètent chaque année méritent d’être considérées comme des sources d’autofinancement, car elles sont régulières, car elles reviennent souvent. A contrario un produit d’exploitation lié à une vente à caractère « exceptionnel » (une commande inhabituelle) pourra être écarté du calcul de la CAF.

C’est en retraitant votre compte de résultat des produits non encaissés et des charges non décaissables que votre banquier va calculer votre capacité d’autofinancement (CAF) — sous la forme d’un ratio. Ce ratio en dit long sur le potentiel de votre entreprise à générer de la trésorerie par le biais de son cycle d’exploitation — et cela, sans faire appel à des ressources externes comme des financements bancaires ou une augmentation de fonds propres. La CAF fait donc partie intégrante de votre capacité de remboursement, une capacité que votre banquier va également examiner à la lumière de votre niveau de solvabilité.

Comment votre banquier calcule la capacité de remboursement de votre entreprise

Après retraitement préalable de vos comptes sociaux, votre banquier va mesurer votre capacité de remboursement à l’aune d’un ratio financier construit à partir de deux variables : le montant net de vos dettes financières (on parle également d’endettement net) et votre capacité d’autofinancement (CAF).

Le rapport de grandeur existant entre ces deux valeurs permet d’apprécier, certes de manière un peu théorique, le nombre d’années qu’il va vous falloir pour générer suffisamment de flux de trésorerie — on parle alors de marge brute d’autofinancement (MBA) ou de capacité d’autofinancement (CAF) — dans le but de rembourser vos dettes. Nuance : à la différence de la CAF, la MBA n’exclut pas les produits de cession. Les banquiers considèrent généralement qu’un ratio inférieur à quatre (soit quatre années de CAF pour effacer la dette nette) est un prérequis en vue de l’octroi d’un nouveau crédit.

Concrètement, si votre entreprise supporte un endettement net de 500 000 €, votre CAF devra être d’au moins 125 000 € pour afficher un ratio de capacité de remboursement de 4 (soit 4 années d’exploitation pour rembourser totalement vos dettes), susceptible de vous permettre de négocier un nouvel emprunt dans des conditions favorables. Mais avant d’arriver à ce résultat, votre banquier doit d’abord déterminer votre endettement net ainsi que le montant de votre capacité d’autofinancement.

  • L’endettement net de votre entreprise correspond à l’ensemble de vos dettes bancaires (qu’il s’agisse de prêts à court terme, à moyen terme, ou à long terme) diminué du montant de vos avoirs financiers (trésorerie disponible et éventuellement titres de placements). L’endettement net devant être considéré comme un agrégat financier, toutes les autres dettes liées au cycle d’exploitation telles que les encours fournisseurs, les dettes fiscales et sociales, ou les encours clients, seront exclus de la base de calcul.
  • La capacité d’autofinancement, comme nous l’avons vu plus haut, peut se calculer à partir du résultat net, duquel on déduit les produits non encaissables, et auquel on ajoute les charges non décaissables. D’autres éléments, tels que les produits de cessions d’actifs, seront écartés — car même s’ils sont liés à un flux de trésorerie, il ne s’agit pas de produits relevant du cycle d’exploitation et par conséquent susceptibles d’être récurrents.

Capacité de remboursement : quelles informations devez-vous apporter à votre banquier ?

Muni de vos comptes sociaux et de vos annexes comptables, votre banquier pourra évaluer précisément votre CAF et in fine votre capacité de remboursement. Toutefois les différentes méthodes de calcul à sa disposition ne suffiront pas toujours à lui donner une image fidèle de votre rentabilité économique. Ce sera aussi à vous de lui apporter des informations sur votre activité afin de mettre en contexte et en perspective les chiffres que vous lui présenterez par ailleurs. De cette manière, même si votre CAF accuse le coup à un certain moment, sur un exercice en particulier, vous pourrez expliquer à votre banquier qu’il s’agit d’une dégradation passagère. La défaillance d’un client, un retard de commande, des difficultés d’approvisionnements peuvent en effet grever un exercice sans pour autant remettre en cause la viabilité de votre entreprise sur le long terme.

En plus d’analyser vos comptes, votre banquier analysera aussi votre activité. En se penchant sur votre bilan, votre banquier se fera une bonne idée de votre activité passée tout en obtenant un « instantané » de votre activité à une date donnée. À mesure que votre entreprise grandit et que votre chiffre d’affaires croît, c’est à vous, en tant que dirigeant, de mettre régulièrement à jour vos documents prévisionnels pour donner le plus de contexte possible à votre banquier. Ce surcroît de contexte peut faire la différence entre un « oui » et un « non » de la part de votre banquier, car votre capacité de remboursement ne sera sans doute pas la même avant, pendant, et après la clôture de vos comptes.

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