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Les dirigeants de PME et les procédures collectives

Brice Boulesteix

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07 mai 2021

La newsletter Memo Bank du 7 mai 2021.

Message de service : notre newsletter va faire le pont la semaine prochaine, pour profiter des dernières journées sans terrasses ni musées. Retour prévu le vendredi 21 mai.

Bonjour, vous lisez la newsletter de Memo Bank, la nouvelle banque indépendante pour les PME. Si vous nous suivez déjà depuis quelque temps, merci beaucoup. Et si vous nous découvrez tout juste, bienvenue à vous.

À lire

Les dirigeants ne sont pas tous calés en procédures collectives
Alors que 75 000 entreprises pourraient aller au tapis cette année, les chefs d’entreprise sont-ils au point sur les mesures d’accompagnement destinées aux entreprises en difficulté ? C’est la question posée par un récent sondage OpinionWay pour le compte de l’institut Thomas More. Dans le cadre de ce sondage, les enquêteurs d’OpinionWay ont interrogé un panel de 500 dirigeants, panel composé à 33 % de dirigeants de PME. Que nous apprend le sondage en question ? Sans surprise, deux dirigeants sur trois estiment que la reprise d’une entreprise en difficulté n’est pas un exercice facile. Quand une entreprise va mal, la relancer n’est pas chose aisée.

Pour aider les entreprises en difficulté à se remettre en selle, il existe des procédures judiciaires, qui nécessitent de passer devant un tribunal de commerce. Ces procédures, souvent appelées « procédures collectives », sont au nombre de trois : la procédure de sauvegarde judiciaire (1), le redressement judiciaire (2), et la liquidation judiciaire (3). Le placement d’une entreprise sous telle ou telle procédure dépend des difficultés rencontrées par l’entreprise en question. Une société qui vacille mais qui tourne encore à peu près sera placée en procédure de sauvegarde, dans l’espoir de rebondir. Si la société s’enfonce au point de ne plus pouvoir payer ses dettes, elle sera alors placée en redressement. Et si le tribunal estime qu’une entreprise placée en redressement n’a plus aucune chance de redresser la barre, alors le juge peut prononcer sa liquidation, sa fermeture.

Les chefs d’entreprise sont-ils bien renseignés sur ces trois procédures d’accompagnement ? La réponse varie d’une procédure à une autre. Si neuf dirigeants sur dix déclarent que les redressements et les liquidations leur sont familiers, seuls 54 % d’entre eux connaissent l’existence de la procédure de sauvegarde — alors que cette procédure est la plus préventive des trois. Nuance tout de même : plus une entreprise emploie de salariés et plus ses dirigeants s’estiment renseignés sur les procédures collectives. Si 46 % des dirigeants de TPE (1 à 9 salariés) déclarent connaître les trois procédures collectives proposées par les tribunaux de commerce, cette part passe à 65 % chez les dirigeants de PME (10 à 249 salariés). Malheureusement, ce sont les TPE qui risquent d’être les plus sujettes aux défaillances cette année, comme le laisse présager une étude du cabinet Altares, dont nous avons déjà parlé dans cette newsletter.

Alors que la connaissance des procédures collectives varie d’une entreprise à une autre, qu’en est-il des « procédures préventives » ? Les procédures préventives sont des procédures amiables, qui visent à résoudre les problèmes d’une entreprise avant que celle-ci ne se retrouve en cessation de paiement. Voyez-les comme un ultime recours avant le déclenchement d’une procédure collective. Il existe deux types de procédures préventives : la procédure de conciliation (1) et le mandat ad hoc (2). Ces deux procédures permettent à une entreprise de négocier avec ses créanciers, de manière confidentielle, en se faisant accompagner par un conciliateur (dans le cas d’une conciliation) ou par un mandataire (dans le cas d’un mandat ad hoc). Les chefs d’entreprise sont-ils au point sur les procédures préventives ? Là encore, ça dépend. 71 % des entrepreneurs sondés par OpinionWay ont entendu parler de la conciliation, mais seuls 32 % d’entre eux connaissent le mandat ad hoc.

Des mesures de protection et de conservation des entreprises ont beau exister, elles n’empêchent pas certaines sociétés de caler, de se retrouver en grande difficulté. Est-ce que ces heures difficiles sont faciles à vivre pour les dirigeants et leurs équipes ? Bien sûr que non. Mais ce que montre le sondage d’OpinionWay, c’est que les difficultés sont contagieuses. 61 % des chefs d’entreprise qui traversent des difficultés estiment ainsi que leurs relations avec leurs créanciers (dont les banques) se sont dégradées depuis le début de leurs pépins. Conséquence de ces tensions, parmi tous les acteurs qui interviennent dans les procédures collectives, les banques et les mandataires judiciaires sont les moins bien vus par les chefs d’entreprise. Les banquiers et les administrateurs judiciaires recueillent respectivement 38 et 39 % d’opinion favorable, bien loin derrière les juges des tribunaux de commerce, dont 59 % des chefs d’entreprise ont une bonne opinion.

Même les banques seront affectées par le changement climatique
Les banques aiment à rappeler que « les dépôts font les crédits ». Entendez par là que les banques prêtent à long terme, sous la forme de crédits, les dépôts qu’elles reçoivent à court terme, en mettant des comptes courants à la disposition de leurs clients. En théorie, quand vous déposez de l’argent sur votre compte en banque, cet argent ne reste pas au chaud dans un coffre fort, au contraire, la banque peut s’en servir pour alimenter les financements qu’elle accorde par ailleurs à ses créanciers. À chaque fois que vous recevez un virement sur votre compte courant, vous aidez indirectement votre banque à financer des entreprises et des particuliers. C’est ainsi que les dépôts font (en partie) les crédits.

À cause du fonctionnement même des crédits bancaires, les fonds que la banque prête sur 20 ans ne lui reviendront intégralement qu’au bout de 20 ans. C’est écrit dans le contrat de prêt. En revanche, rien ne garantit à la banque que vous ne toucherez pas à votre compte courant au cours des 20 prochaines années. Dans ces conditions, la banque est prise en tenaille entre son engagement à long terme (auprès de ses créanciers) et son engagement à court terme (auprès de vous). On parle de « risque de liquidité » pour désigner le risque que les dépôts des clients repartent dans la nature avant que les emprunteurs n’aient fini de rembourser leurs crédits. Pour gérer leurs risques de liquidité, les banques doivent s’assurer que les montants qu’elles prêtent ne dépassent jamais les montants déposés chez elles. Elles ne prêtent qu’une partie de leurs dépôts, pour se laisser de la marge en cas de retraits massifs de la part de leurs clients.

De cette manière, même si vous veniez à retirer tous vos dépôts d’un coup, sans prévenir votre banquier, votre banque tiendrait probablement le coup, car elle est censée maîtriser son « risque de liquidité ». Bien sûr, votre banque pourrait avoir des problèmes si tous les déposants décidaient, comme vous, de retirer tous leurs dépôts en même temps, au même moment. Mais ces situations de « ruées vers les guichets » restent rares en pratique. Comme les retraits massifs sont rares, les banques font le pari qu’une partie des dépôts qui leur sont confiés ne seront pas réclamés avant plusieurs années, ce qui leur permet de les transformer en prêts. De l’autre côté de l’équation, du côté des créanciers, les banques font un pari similaire. Elles parient que la plupart des prêts qu’elles accordent seront remboursés par leurs créanciers. Mais que se passerait-il si un secteur industriel tout entier venait à s’effondrer et emportait avec lui de nombreuses entreprises auxquelles les banques ont accordé des prêts ?

C’est l’hypothèse faite par la Banque de France dans sa dernière simulation à grande échelle, qui vise à évaluer les conséquences du réchauffement climatique sur la viabilité des banques, et ce jusqu’en 2050. L’exercice de la Banque de France, auquel ont participé 85 % des banques françaises, a permis de montrer que les établissements de crédit français étaient assez peu exposés aux industries qui pourraient être les plus affectées par la transition écologique (comme le pétrole ou l’agriculture). Dit autrement, si le poids économique de certains secteurs venait à changer brutalement, les banques seraient touchées certes, mais pas coulées, car elles financent par ailleurs des secteurs porteurs. Pas de quoi lever les bras pour autant. La Banque de France recommande aux assurances et aux groupes bancaires de faire plus pour lutter contre le réchauffement climatique, dès maintenant, et très rapidement si possible.

À parcourir

À quoi ressembleront les bureaux du futur, ceux dans lesquels les employés ne viendront que ponctuellement ? Réponse avec les nouveaux bureaux de Google en Californie. (nytimes.com)

L’enregistrement de notre conférence sur les LBO et les rachats de titres est en ligne. La vidéo dure 51 minutes. (youtube.com)

Bpifrance propose aux PME une formation en ligne gratuite sur la transition énergétique et écologique. (bpifrance-universite.fr)

Faut-il en finir avec les bureaux individuels réservés aux directeurs ? Réponse : non. Pourquoi ? Parce qu’une telle suppression engendrerait plus de problèmes qu’elle n’offrirait d’avantages. (economist.com)

Qui mieux que Renault peut financer votre Renault ? La plupart des constructeurs automobiles français possèdent aussi une banque capable de proposer des prêts, car plus personne n’achète un véhicule comptant. (lexpress.fr)

Des chiffres

En 2019, quatre entreprises individuelles sur dix ont été créées par des femmes, une part constante depuis 2015. C’est ce que montre un récent article publié par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC). D’après le CREDOC, si la part des femmes dans l’entrepreneuriat n’a jamais été aussi élevée, la proportion de femmes parmi les créateurs d’entreprises pourrait bien baisser dès cette année (2021). En cause : la crise économique que nous traversons, crise qui risque de se traduire par un retour au salariat pour certaines créatrices d’entreprises, et par un durcissement des conditions d’accès au crédit qui pourrait pénaliser les entrepreneuses.

Des lettres

« Nous ne devons pas nous contenter de trouver la nature féconde et utile. Nous devons aussi voir qu’elle est belle et, plus encore, qu’elle est insondable, qu’elle est au-delà du beau et du laid. »

— Hermann Hesse (1908). Propos sur l’art de jouir des beautés de la nature.

À pourvoir

Finance. — Nous avons un poste de Chargé d’études risques à pourvoir. Venez nous aider à mieux évaluer et gérer nos risques, y compris les risques liés au changement climatique.

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Brice Boulesteix

Rédacteur